Le 13 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Un vote historique par son ampleur : 503 voix pour, aucune contre et 67 abstentions. Une avancée importante, qui doit désormais poursuivre son parcours législatif au Sénat.
Pour les associations, les professionnels et les personnes mobilisées depuis des années pour faire reconnaître et combattre les violences, cette adoption représente une étape importante. Mais un vote ne suffit pas à protéger les victimes. Encore faut-il que les engagements se traduisent concrètement dans leur quotidien.
Une avancée nécessaire pour les femmes et les enfants
Cette proposition de loi entend apporter une réponse globale aux violences sexistes et sexuelles, de la prévention à la sanction, jusqu’à la réparation. Elle prévoit notamment des mesures concernant les enquêtes, la spécialisation des services de police et de la justice, le repérage des violences à l’école et le parcours de soins des mineurs victimes.
L’ambition est essentielle : mieux prévenir les violences, améliorer leur détection, renforcer la prise en charge des victimes et éviter que leurs parcours ne se heurtent à des réponses insuffisantes ou fragmentées.
Mais le texte a aussi fait l’objet de débats et de critiques, notamment concernant la prévention, les moyens consacrés à son application et la protection des personnes les plus vulnérables. Son adoption en première lecture ne constitue donc ni l’aboutissement du processus législatif ni la garantie que toutes les réponses nécessaires seront apportées.
Sur le terrain, les besoins restent immenses
À CORPS & ÂMES, nous accompagnons au quotidien des femmes et des enfants victimes de violences. Nous les accueillons, les écoutons et les orientons vers un accompagnement adapté, grâce à une approche pluridisciplinaire mobilisant notamment les dimensions psychologique, juridique, sociale et autres.
Notre expérience nous rappelle une réalité fondamentale : révéler les violences ne signifie pas être immédiatement protégé.
Derrière chaque situation, il y a une personne, une histoire et des besoins spécifiques. Il peut y avoir des conséquences psychotraumatiques durables, des démarches complexes, des difficultés à faire entendre sa parole ou encore des ruptures dans le parcours d’accompagnement.
Pour les enfants, les enjeux sont particulièrement importants. Leur parole doit pouvoir être entendue, leurs besoins évalués et leur sécurité prise en compte. La multiplication des intervenants ne garantit pas, à elle seule, une protection effective : encore faut-il que les acteurs puissent travailler ensemble, partager les informations nécessaires dans le respect du cadre légal et apporter des réponses adaptées à la situation de chaque enfant.
La protection ne peut pas se limiter à constater le danger. Elle doit permettre de le prévenir, d’y répondre et d’éviter qu’il ne se reproduise.
Une loi ne vaut que par les moyens qui permettent de l’appliquer
L’adoption de ce texte est une étape. La suite est tout aussi déterminante.
Nous avons besoin de moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux, de professionnels formés, de dispositifs accessibles et d’une meilleure articulation entre les acteurs de la protection. Nous avons également besoin d’une prévention ambitieuse, menée dès le plus jeune âge, et d’un accompagnement des victimes qui ne s’interrompe pas au moment du signalement ou du dépôt de plainte.
Il est essentiel que les mesures annoncées puissent être effectivement mises en œuvre, sur l’ensemble du territoire, et que leur application fasse l’objet d’un suivi, notamment dans les territoires ruraux, où l’accès aux professionnels spécialisés et aux dispositifs d’accompagnement peut être plus difficile
Car une loi, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut produire ses effets sans les moyens nécessaires pour la faire vivre.
Continuer à se mobiliser
Chez CORPS & ÂMES, nous saluons cette avancée législative. Mais notre engagement reste entier : nous continuerons à accompagner les victimes, à former les professionnels et à sensibiliser le public.
Nous continuerons également à défendre une approche qui ne sépare pas la prévention, le repérage, la protection, l’accompagnement et la reconstruction.
Parce que derrière les textes de loi, il y a des vies. Et que chaque victime doit pouvoir trouver une réponse concrète, adaptée et protectrice.
L’adoption de cette proposition de loi est un pas important. À présent, nous attendons que cette avancée politique devienne une avancée réelle pour les femmes et les enfants victimes de violences.
Le combat ne s’arrête pas au vote. Il commence aussi dans la manière dont nous faisons vivre la protection, chaque jour, sur le terrain.