Corps & Âmes

Violences conjugales : 285 000 victimes enregistrées en 2025. Derrière les chiffres, une réalité qui reste largement invisible.

Violences conjugales : 285 000 victimes enregistrées en 2025. Derrière les chiffres, une réalité qui reste largement invisible.

En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 285 000 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire en France. Une hausse de 5 % par rapport à 2024, selon les données publiées le 5 novembre 2026 par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). Un chiffre considérable, qui rappelle l’ampleur des violences conjugales. Mais un autre indicateur interpelle tout particulièrement : seules 13 % des victimes déclarent porter plainte.

Les chiffres à retenir

victimes enregistrées​

+ %

en un an​

%

de femmes parmi les victimes​

%

de victimes déclarant porter plainte​

%

de progression annuelle moyenne depuis 2016

285 000 victimes enregistrées :

une réalité qui ne peut
être réduite à un chiffre

Après une année de relative stabilité en 2024, les violences conjugales enregistrées repartent à la hausse en 2025. Cette évolution s’inscrit dans une tendance observée depuis 2016, avec une progression moyenne annuelle de 9,6 % du nombre de victimes enregistrées.

Derrière ces données, les femmes demeurent très largement les premières victimes : elles représentent 84 % des personnes recensées. Les hommes constituent, quant à eux, 85 % des personnes mises en cause.

Les chiffres révèlent également la diversité des violences exercées au sein du couple. Si les violences physiques représentent 63 % des faits enregistrés, les violences verbales ou psychologiques en constituent 31 %, et les violences sexuelles 5 %.

Ces proportions rappellent une réalité essentielle : les violences conjugales ne se limitent pas aux coups. Elles peuvent prendre la forme de menaces, d’humiliations, de contrôle, d’isolement, de contraintes sexuelles ou encore d’une emprise progressive sur la vie de l’autre.

Toutes ne laissent pas de traces visibles. Toutes peuvent pourtant altérer profondément la santé, la sécurité et l’autonomie des personnes qui les subissent.

13 % de plaintes :

ce que les statistiques ne montrent pas

C’est sans doute l’un des enseignements les plus préoccupants de cette publication : selon l’enquête de victimation « Vécu et Ressenti en matière de Sécurité », seules 13 % des victimes de violences conjugales déclarent porter plainte auprès des services de sécurité.

Ce décalage invite à regarder les statistiques avec prudence.

Les 285 000 victimes recensées ne représentent pas l’ensemble des personnes victimes de violences conjugales en France. Elles correspondent aux situations portées à la connaissance des services de police et de gendarmerie et enregistrées par ces derniers.

Autrement dit, les chiffres officiels ne donnent qu’une partie de la réalité.

Derrière l’absence de plainte, les situations peuvent être multiples : peur des représailles, dépendance économique, isolement, menaces, présence d’enfants, sentiment de honte ou de culpabilité, perte de confiance en soi, difficulté à identifier les violences ou à se reconnaître comme victime.

Pour certaines personnes, parler constitue déjà une étape considérable. Pour d’autres, la démarche peut prendre des mois, voire des années.

Il est donc essentiel de ne jamais confondre absence de plainte et absence de violences.

Sortir des violences

ne se résume pas à quitter un conjoint

Identifier les violences, trouver la force de les verbaliser, solliciter de l’aide, engager des démarches judiciaires et reconstruire sa vie : le parcours des victimes est souvent complexe et rarement linéaire.

La séparation ne met pas systématiquement fin aux violences. Elle peut même constituer une période de vulnérabilité particulière, notamment lorsque les menaces, le contrôle ou les violences se poursuivent après la rupture.

La présence d’enfants ajoute une dimension supplémentaire à ces situations. Lorsqu’ils vivent au sein d’un foyer marqué par les violences conjugales, ils peuvent être directement victimes, témoins des violences ou profondément affectés par le climat de peur et d’insécurité dans lequel ils grandissent.

Leur protection ne peut donc être dissociée de celle du parent victime.

Cela suppose de pouvoir repérer les situations, écouter la parole sans jugement, évaluer les risques et coordonner les réponses médicales, psychologiques, sociales et judiciaires.

Repérer, protéger, accompagner :

une responsabilité collective

Les chiffres publiés par le SSMSI ne doivent pas seulement susciter l’indignation. Ils doivent aussi nous conduire à interroger notre capacité collective à prévenir les violences et à protéger les personnes qui les subissent.

Le repérage ne relève pas uniquement des forces de l’ordre. Les professionnels de santé, les travailleurs sociaux, les enseignants, les professionnels de la petite enfance, les associations et, plus largement, l’entourage peuvent jouer un rôle déterminant.

Encore faut-il disposer des connaissances nécessaires pour identifier les mécanismes de violences, comprendre leurs conséquences et savoir comment accueillir la parole d’une victime.

Chez CORPS & ÂMES, nous sommes convaincus que la réponse aux violences ne peut reposer sur un seul acteur ni sur une seule étape du parcours. Elle nécessite une approche pluridisciplinaire, une écoute adaptée et une continuité dans l’accompagnement ; c’est pourquoi la formation des professionnels est une de nos missions.

Derrière chaque statistique,

il y a une personne, une histoire et parfois des années de silence.

Les chiffres nous renseignent sur l’ampleur du phénomène. À nous, collectivement, de faire en sorte que les personnes victimes ne restent pas invisibles et puissent trouver, au moment où elles en ont besoin, des interlocuteurs capables de les écouter, de les croire et de les accompagner.